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Horns Up Album

24 October 2017 - Team Horns Up

Satanic Panic : Pop Cultural Paranoia in the 80's

Label Fab Press/Spectacular Optical
Style
Sortie
La note de
Team Horns Up
7.5/10

 La « Satanic Panic » est un phénomène dont il est assez difficile de mesurer l’ampleur ou de comprendre l’existence si vous êtes nés dans les années 90 ou 2000 tant le satanisme est devenu désuet et folklorique dans la culture populaire. Ce phénomène est constatable à deux échelles. On a d’une part une forme de délaissement de la part des domaines qui s’y intéressaient originellement : ainsi, une partie de plus en plus importante des groupes de (black) metal prennent leur distance vis à vis du satanisme  alors qu’actuellement, les films d’horreur lorgnent de plus en plus vers le thriller psychologique (Grave, Get Out, Jane Doe’s Identity etc.) ou traitent le surnaturel de manière déchristianisée voire laïcisée (bien que le succès des Conjuring ou autres The Witch peut laisser présager  un retour du satanisme dans le cinéma d’horreur). D’autre part, cela fait bien 10 ans que les médias avides de sujets racoleurs (de type M6) ne se sont pas fendus d’un reportage anxiogène à propos des adorateurs du Diable, dont le principal protagoniste était, en général,  un gamin de 13 ans vêtu d’un t shirt Belphegor et un prêtre Civitas.  

Néanmoins, la donne n’était pas la même au cours des années 80 aux Etats Unis, où le satanisme, l’influence d’occultistes, la séduction du Diable mise en place à travers des items destinés aux jeunes étaient perçus par les parents comme de réelles menaces pour l’équilibre de leurs adorables petites têtes blondes, et ce danger était dénoncé par les médias les plus sérieux et combattus par les plus hautes instances. Ce phénomène d’hystérie collective s’explique, selon Kier-La Janisse dans l’introduction, par la collision de deux phénomènes : d’un côté, le début des années 70 a été le théâtre d’une résurgence des religions alternatives, résurgence qui s’explique par un sentiment général de désillusion (guerre du Viet-Nâm, affaire Charles Manson) ce qui a pour conséquence l’émergence de l’occulte dans la culture populaire (de Black Sabbath aux succès de Rosemary’s Baby ou de L’Exorciste). Parallèlement, l’Amérique a connu de lourds changements sociétaux qui ont ébranlé la notion traditionnelle de famille, entrainant une peur généralisée : les divorces ont augmenté, les femmes se sont mises à travailler hors foyer, les enfants se retrouvant seuls après l’école (ou gardés par des inconnus) et évoluent donc une grande partie du temps loin du cercle familial, cercle familial qui tentait de garder tout de même le contrôle en bridant les libertés des jeunes, creusant un fossé générationnel plus large qu’à l’accoutumée et poussant les adolescents à agir secrètement.

A travers 20 chapitres (pour un total de 350 pages) dont l’auteur diffère à chaque fois, la maison d’édition canadienne Spectacular Optical revient sur cette décennie particulière. Le format en chapitres non consécutifs est d’ailleurs une des grandes forces du bouquin car il permet d’avoir à la fois une vue d’ensemble au terme de la lecture et donne à l’ouvrage un côté boule à facettes assez agréable.  Il y a, par ailleurs une sorte d’alternance systématique qui dynamise le tout. Alternance entre des chapitres plutôt légers sur la culture populaire et l’interprétation qu’en faisaient les télévangélistes et des sujets plus graves (le versant le plus sombre de cette période avec comme paroxysme l’erreur judiciaire dite des Memphis 3).  Le livre n’est certes pas propre au metal, mais celui-ci occupe une certaine place au sein de l’ouvrage. En effet, 4 chapitres traitent directement de la question : un sur les Filthy Fifteen et sur le rôle de Tipper Gore (Première Dame de l’époque), présidente d’une sorte d’associations de parents dénonçant les dangers du « porn rock », un sur la naissance de MTV et donc sur les problèmes de censure concernant les clips, un sur l’émergence et la difficile posture des groupes de metal chrétien et un sur les liens entre heavy metal et occultisme dans le cinéma des années 80. De plus, le metal est présent en filigrane dans de nombreux chapitres (comme celui sur la place de l’affaire de l’Acid King dans la culture populaire par exemple).

Et d’ailleurs, paradoxalement, les parties sur le metal sont les « moins riches », dans le sens où elles se concentrent sur des institutions du milieu et narrent des évènements bien connus (Ozzy Osbourne, le procès de Dee Snider, Venom, Mercyful Fate) alors que, par exemple, les chapitres sur le cinéma déterrent de vraies perles de cinéma-bis (l’incroyable River’s Edge, un Gummo-Like avec un Keanu Reeves boutonneux et un Denis Hopper qui joue un vieux psychopathe à jambe de bois, fumeur de weed, en couple avec une poupée gonflable est vraiment à voir). Par ailleurs, le livre a l’intelligence de ne pas être américano-centré et le chapitre sur le Québec est par exemple extrêmement instructif, à l’instar de tout ce qui touche au jeu de rôle et qui m’a entrouvert la porte donnant sur cet univers complexe et sur la perception qu’en avaient les médias de l’époque.

Alternant intelligemment entre chapitres axés pop culture et d’autre plus graves focalisés sur  le versant « judiciaire » et sociétal  de cette panique morale, le livre peut être vu comme une sorte de compilation d’articles, commentant des matériaux pré existant et proposant systématiquement une bibliographie. Le non-rapport entre les dits chapitres (si ce n’est qu’ils suivent un fil rouge explicité ci-dessus) rend l’ouvrage très plaisant à lire. 10 pages par 10 pages, on peut faire des pauses, le reprendre (je l’ai personnellement fini en plusieurs mois) sans que cela nuise à la compréhension du tout. Un immense point que je ne précise que maintenant : il n’est pas encore traduit, mais ne demande pas un niveau d’anglais exceptionnel pour une compréhension quasi-totale.

Pour un peu moins cher qu’un Camion Blanc, Satanic Panic est un livre instructif où, par les différents points de vue et les articles soit précis, soit englobant, ouvre pas mal de portes et donne pas mal de références tout en arrivant à transmettre l’ambiance de cette époque (dont il m’est impossible de juger de la véracité, n’étant ni citoyen américain, ni un adolescent des années 80). Le tout est généreusement illustré d’articles, de couvertures de comics, d’affiches de films, dans une esthétique vintage qui s’insère bien en 2017 où une certaine forme de nostalgie se fait sentir. A mettre dans toutes les mains des Jean Vintages, de ceux qui se sapent à la Kadavar et n’hésitent pas à sortir les bootcuts comme à Marseille.