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Horns Up Album

15 February 2019 - Team Horns Up

Arka'n

Zã Keli

Label Autoproduction
Style Fusion Metal
Sortie
La note de
Team Horns Up
9.5/10

Excepté le Nord de l'Afrique qui est sans doute mieux desservi en groupes de metal du fait de sa proximité avec l'Europe, le continent n'est pas réputé pour abriter les "grandes" formations du genre. Au Togo pourtant, un combo a pu acquérir un début de notoriété auprès des salles de concerts locales, et surtout sur internet grâce au clip des Peuples de l'Ombre - seul titre en français de son répertoire. Toutes proportions gardées, le nom d'Arka'n revient régulièrement lorsqu'on énumère les groupes de metal africains encore en activité, et en voie de se professionnaliser. Certes, il a fallu attendre neuf longues années avant que les Togolais nous livrent un premier album, mais ce dernier est largement à la hauteur de leurs performances scéniques, où chants traditionnels emplis de sagesse se mêlent avec harmonie à des riffs metal et à des éléments rap.

Autant les titres les plus récents ont une patte metal clairement affichée, autant les anciens sont teintés d'une énergie résolumment plus rock (Les Peuples de l'Ombre, As I Can Breathe). Pas étonnant, puisque ceux-là datent de la période 2010-2011, soit les débuts d'Arka'n. Depuis, le groupe a beaucoup évolué, alourdissant son style au fur et à mesure des années, jusqu'à trouver en son nouveau line-up un moyen de produire des morceaux à l'aspect guerrier (sans qu'ils soient forcément violents). Concernant les deux chansons citées plus haut, le groupe mené par les frères Ahavi a eu l'intelligence de les ré-enregistrer afin de réduire le décalage qui pouvait exister entre ces deux approches de la musique, censées s'opposer. Des changements se sont opérés au niveau du texte, et le break des Peuples de l'Ombre a été complétement retravaillé en y ajoutant des screams et de la double-pédale, mais au final, on reconnaît bien l'hymne d'origine que quelques années auparavant, on avait découvert, au hasard des recherches sur internet. Rock est certainement moins à l'aise avec le français qu'avec l'anglais, cela dit, l'exotisme et le charme qui se dégagent du titre sont pour le moins uniques. Même si la formation possède sa propre identité, on note à certains moments l'influence (lointaine) de Linkin Park dans cette alternance entre le chant clair/crié et les parties rap (cf. Warrior Song, par exemple, et l'espèce de mini-voix gutturale que prend le MC aux fins de phrases). A ce sujet, saluons les progrès immenses réalisés par H. Weapons au niveau de sa voix ; le flow hésitant de la première version d'As I Can Breathe ayant été remplacé par un rap énergique et plein d'assurance.

La particularité d'Arka'n ne tient pas exclusivement à sa provenance géographique, pouvant être considérée comme "atypique", d'un point de vue français. Les Loméens ponctuent leur musique de chants traditionnels en langue Éwé (parlée dans le Sud du Togo, ainsi qu'au Ghana et au Bénin) et ont engagé, en plus du batteur, un percusionniste, ce qui a le mérite de renforcer le côté tribal des morceaux et de leur offrir encore plus de rythme. On sent moins de gaieté dans Return of the Ancient Sword (on entend son leader hurler "If you want blood !!"). En effet, l'ambiance du refrain est noire, pesante, et les gros riffs font corps avec les percussions de DJ Max. A partir de la troisième minute, un énième vent de fraîcheur souffle sur le titre puisque durant vingt  petites secondes, une voix "arabesque" vient délicatement se poser dessus. La musique d'Arka'n n'a pas de frontières. Les guitares empruntent à tous les styles et les mouvements, des accords très méditerranéens (pour ne pas dire espagnols) qui ouvrent Viviti et qui reviennent au milieu de la chanson, aux airs de blues touareg que l'on retrouve dans un morceau comme Awala, capable de nous mettre des frissons à chaque instant. Zã Keli est un album respirant l'honnêteté artistique - sentiment renforcé par le caractère do-it-yourself de l'oeuvre : enregistrée dans le studio du groupe, puis mixée et masterisée par Rock en personne. On dissocie souvent la musique traditionnelle et le sentiment de "modernité", comme si les deux étaient incompatibles, et qu'un groupe intégrant des éléments de sa culture dans ses chansons, ne pouvait pas s'adapter à son époque et être dans l'air du temps. Pourtant, le quintette nous fait la démonstration du contraire sur le tube Prince of Fire et apporte, de fait, une richesse supplémentaire à son disque. Au-delà du chant tantôt fragile tantôt écorché du frontman sur les couplets qui, à lui seul, crée tout un orgasme auditif, c'est l'instrumentation qui marque les esprits. Malgré le registre très brut dans lequel la formation officie, des guitares prog, et d'autres aux sonorités plus djent, viennent compléter le morceau.

Cet album, Zã Keli, est un distributeur de joie et de sourires. Arka'n nous entraîne avec facilité dans son univers mystérieux et guerrier, à la croisée des styles musicaux. Les titres sont addictifs et le fait qu'ils demandent plusieurs écoutes pour être cernés, témoigne de leur richesse artistique. Il n'est pas seulement question de musique ici. Il y a beaucoup d'humain dans ce que produisent les Togolais. Leur passion, leur volonté de transmettre des pans entiers de leur culture, est contagieuse. On en redemande. 

 

Tracklist :

  1. Warrior Song (04:03)
  2. Les Peuples de l'Ombre (04:02)
  3. Lost Zion (03:15)
  4. Awala (03:33)
  5. Return of the Ancien Sword (04:17)
  6. Tears of the Dead (04:17)
  7. As I Can Breathe (03:25)
  8. Viviti (04:19)
  9. Escape (04:13)
  10. Prince of Fire (04:10)
  11. Got to Break It (02:48)
  12. Welcome (03:22)